In Pinot Noir We Trust

In Pinot Noir We Trust…

L’Yonne et la Côte nous attendaient, sereines, sûres de leur fait. Quelque peu noyées il est vrai par le ciel qui leur tombait sur le cep depuis de trop longues semaines, mais confiantes… presque fières de pouvoir démontrer que la colère du ciel ne parviendrait pas à atténuer notre enthousiasme.

Le vécu allait leur donner raison.

© Véronique Roelandt
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En ce matin de mai automnal, tout était encore à écrire, à vivre, à partager… et à (re)goûter… Notre groupe, rapidement soudé par un élan commun qui a le visage d’une passion, a mené son expédition bourguignonne de main de maître, les papilles en éveil et le verre à l’affût.

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Ça n’a d’ailleurs pas traîné… Au grand dam de nos chauffeurs qui ont rapidement compris que ce week-end allait quelque peu bousculer leurs habitudes, les bouchons du Crémant de Bourgogne Brut de Paul Chollet (Santenay) ont sauté dès le premier matin, vers 11h, bien avant d’amorcer la descente vers Tonnerre, qui allait nous ouvrir les portes de Chablis.

Vif, épuré, aérien, ce vin tonique a donné le ton des trois jours que nous allions partager.

Le lieu de ces premières agapes bourguignonnes : une aire de repos champenoise… Crime de lèse majesté ? Geste provocateur envers une région qui a parfois tendance à oublier que les charmes de l’effervescence ne naissent pas seulement sur ses coteaux crayeux ? Rien de tout cela. Juste l’envie d’honorer notre terre d’accueil et de sceller par le partage de quelques bulles le plaisir de découvrir, ensemble, une région aussi fascinante que déroutante.

L’objectif de notre périple ? Aller à la rencontre des terroirs et des racines de leur passé, des hommes, des vignes et du vin, bien sûr, mais aussi profiter pleinement de l’exceptionnelle et puissante dualité constituée par le duo chardonnay-pinot noir.

Sur les hauteurs des Grands Crus chablisiens © Véronique Roelandt
Sur les hauteurs des Grands Crus chablisiens
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Le temps de prendre des forces lors d’une première halte gourmande, sur les hauteurs des grands crus de Chablis, et nous voilà prêts à plonger vers la petite ville, au moment où les premières gouttes (d’eau cette fois) nous incitent à entrer en cave sans tarder.

Christophe Camu
Christophe Camu

Si les Chablis de Christophe Camu ont su présenter de multiples visages, du plus classique et séducteur, soyeux et fruité (cuvées génériques et 1er cru Beauroy) au plus tendu, minéral et dynamique dès l’attaque (1er cru Côtes de Léchet), c’est bien sûr vers le fantasque pinot noir que nos attentes se tournaient.

En attendant, le contraste présenté entre les nez presque exotiques des crus du domaine et la vivacité gourmande des bouches, a su toucher plus d’un dégustateur présent.

A ce titre, le domaine Camu présente une belle authenticité de terroir, préférant souligner l’expression du fruit plutôt que de sacrifier à la mode de la barrique.
 
 
 
 
 
 

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In Pinot Noir We Trust…
Tout à la fois multiple et unique, ce merveilleux cépage symbolise mieux que tous les autres la relation presque mythique entre variété de vigne et terroir. Et c’est justement en Bourgogne, sur des sols extrêmement diversifiés mais à dominante calcaire qu’il est capable de se sublimer. Aucune autre région où il est planté ne peut égaler ce niveau de qualité. Mais en Côte d’Or, les déceptions ne sont pas rares… Vigilance donc !

Peu tracassés par ces préoccupations, Régis Parigot (Meloisey) et Gérard Quivy (Gevrey-Chambertin) allaient se révéler, chacun dans leur style, de dignes ambassadeurs du plus artiste et imprévisible des cépages.

A droite, Régis Parigot
A droite, Régis Parigot

Régis Parigot, aujourd’hui rejoint par son fils Alexandre qui assure les vinifications, est à l’image de ses vins : avenant mais discret, franc, facile d’accès au sens noble du terme, tendre et généreux (qui a déjà pique-niqué avec, pour complices des époisses, amour-de-nuits et jambon persillé, du meursault, du chassagne-montrachet 1er cru, du pommard, du volnay et du savigny-lès-beaune 1er cru ?)…

Père et fils ont un point commun : le souci d’amener au chai un raisin qui soit le juste reflet du millésime. Sans forcer le trait, dans le respect de ce que les éléments naturels mettent à leur disposition. C’est dans les cuves qu’il faudra faire preuve d’intuition, de sagesse, de capacité d’adaptation, de souplesse. En la matière, leur maîtrise s’est illustrée par la dégustation de vins à la fois goûteux et délicats, structurés mais sans excès, tout en suavité et délicieusement fruités. Nous sommes sous le charme de cuvées qui s’élèvent par leur simplicité d’accès.

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Mes coups de cœur au domaine Parigot :

  • Un meursault « Le Limozin » 2011 qui pourrait inspirer certains producteurs murisaltiens, ample et gras, séveux, tout en charme, très digeste ;

  • Le hautes côtes de beaune « Clos de la Perrière » 2011 qui fait honneur aux appellations régionales, délicat et sapide, gourmand à souhait et croquant de fruit;

  • Le savigny-lès-beaune 1er cru « Les Peuillets » 2010 , d’un naturel confondant, associant fraîcheur et sensualité, texture soyeuse et trame svelte;© VR

  • Le pommard 1er cru « Les Charmots » 2010, porté par un véritable souffle, donnant une lecture limpide du terroir et de la matière première.


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Depuis quelques années déjà, le remarquable travail de Gérard Quivy se voit apprécié à sa juste valeur.

Chacun sait qu’à Gevrey-Chambertin, le précieux « millefeuille calcaire » du sol de l’appellation ne concerne pas l’ensemble des parcelles et qu’en-dessous de la nationale, la situation des vignes est clairement moins favorable, au point qu’on évoque aujourd’hui sans tabous un possible déclassement de certaines zones…

Le domaine Quivy n’est en rien concerné par ce délicat contexte, ses vignes s’enracinant dans les meilleurs secteurs, là où le pinot noir se trouve porté par le terroir, offrant de multiples facettes de sa très large palette d’expression. C’est alors qu’il se révèle être un grand raisin de cuve, n’attendant plus que le talent du vinificateur.

Ça tombe bien, les éléments sont réunis.

La dégustation à laquelle nous avons été conviés a parfaitement illustré cette équation qualitative et la jeunesse des crus dégustés (pour certains, mis en bouteille très récemment) a démontré, une fois de plus, que la valeur n’attend pas toujours le nombre des années.

Tous les vins présentés étaient à l’aube de leurs expressions, mais ils livraient une pureté impressionnante, des bouches dignes et sensuelles, déjouant lorsqu’il le fallait les pièges du millésime par de justes équilibres. Du grand art, demandant à se mettre en place avec le temps. Et dans ces vins-là se retrouvait le style de notre hôte : discrétion mais profondeur, franchise mais complexité, et surtout, une grande élégance, d’autant plus appréciable qu’elle s’exprime sur un terroir au caractère affirmé.

Mes coups de cœur au domaine Quivy :

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  • Le gevrey-chambertin « Les Journaux » 2010, montrant une ossature de qualité et des tanins extrêmement harmonieux. Ce cru alliant fond et charme a imposé sa fougue dans la subtilité. Il présente de belles perspectives d’évolution.

 

  • Le gevrey-chambertin « En Champs » 2009, intègre et précis, présentant une magnifique énergie et une chair moelleuse dont le fruit se voit totalement respecté par l’élevage. « Pourquoi l’attendre ? » me suis-je surpris à murmurer…

 

  • Le gevrey-chambertin 1er Cru « Les Corbeaux » 2011, qui se dévoile actuellement avec du muscle, mais un grain très fin. Son profil épuré et éclatant souligne une définition sans artifice de la typicité du village. Un vrai régal, d’humeur vagabonde pour l’instant mais quelles promesses…
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  • Quant au Grand Cru « Chapelle Chambertin » 2011 qui s’est présenté à nos papilles, à peine mis en bouteilles, il a procuré des frissons à plusieurs d’entre nous. A ce stade, je me contenterai de lui rendre cet hommage. Rendez-vous dans quelques années… Mais pas trop longtemps, vous vous souvenez ? On en a parlé !

Ce voyage a tout à la fois souligné la fabuleuse multiplicité du terroir bourguignon et la fascination que ses deux cépages emblématiques peuvent exercer, lorsqu’ils sont compris et respectés par les acteurs du terrain.

Les incontournables oeufs en meurette... © VR
Les incontournables oeufs en meurette…
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La gastronomie locale a également été à la hauteur, dans des styles variés et « digestes »… rappelant à ceux qui l’auraient oublié que les plaisirs de la table font partie des incontestables atouts de la région et de la délicieuse quête des accords mets-vins.

De mon point de vue, l’objectif initial est atteint. Nos balades viticoles ont mis en relief trois terroirs, représentés par trois visages de vignerons et trois approches de travail. Des personnalités bien différentes assurément, mais partageant une passion commune, et sachant s’effacer avec humilité devant leurs vins et les faire parler à leur place, en mettant leur maîtrise technique au service des typicités variétales et des différentes appellations.

Chacun d’entre nous y est allé de ses émotions, préférences et coups de cœur… mais tous les participants à ce premier Quitou Wine Travel ont apprécié l’authenticité de ces hommes et des crus auxquels ils donnent vie.

Quant au pinot noir, si souvent décrié, il a répondu aux attentes. Largement et sans faiblir. Je suis convaincu qu’il aura donné l’envie aux œnophiles présents de (re)partir à sa rencontre. La Bourgogne est complexe, riche et suffisamment vaste pour que chacun y trouve son compte. Et si le chardonnay, son alter ego blanc, est apparu avec grâce mais plus discrètement au cours de ce week-end, il ne perd rien pour attendre. Qu’il se prépare, nous pourrions décider de glisser quelque peu vers le sud la prochaine fois…

A tous ceux qui, de près ou de loin, ont contribué à rendre possibles ces échanges passionnés, je souhaite dire que le plaisir ressenti au cours de cette expédition a très largement dépassé mes espérances.

Partant de là, ne pas rêver à d’autres destinations de voyages pourrait s’assimiler à une faute de goût.

A bien y réfléchir, je ne compte pas m’en rendre coupable.

Q.

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